Guet-Apens (« The Guetaway ») Sam Peckinpah, 1972

Capture d’écran 2015-01-06 à 15.53.07

Steve McQueen (passager) et Ali MacGraw (au volant).

Carter « Doc » McCoy (Steve McQueen) est un malfrat condamné à faire de la prison. Mais sa femme Carol (Ali MacGraw) va trouver Jack Benyon (Ben Johnson), un truand, qui le fait libérer en échange de l’organisation du casse d’une banque. Évidemment le casse ne se déroule pas comme prévu, et le couple s’enfuit façon Bonnie and Clyde au Mexique, terre promise du réalisateur.

Peckinpah et McQueen

« Alors tu vois Sam, tu dois faire ça comme ça… »

Le film est adapté d’un roman de Jim Thompson, Le Lien conjugal, qui fascinait Peckinpah, mais retravaillé par un jeune scénariste débutant nommé Walter Hill. Le réalisateur, mis devant le fait accompli, et trouvant le scénario remanié trop fade, accommode comme d’habitude le tout à sa propre sauce, mais doit cette fois-ci compter avec Steve McQueen, producteur du film. Les deux hommes s’étaient bien entendus sur le tournage de Junior Bonner. Mais cette fois-ci, en tant que producteur et star du film, Steve McQueen entame une bataille d’ego et use de ses prérogatives en engageant Quincy Jones, remplaçant au dernier moment la musique enregistrée par Jerry Fielding, compositeur attitré du cinéaste ! Le pauvre Fielding subira un nouveau camouflet lorsque Peckinpah lui-même le remplacera par Bob Dylan pour Pat Garrett et Billy le Kid, alors qu’encore une fois, la musique était déjà écrite.

L’introduction du film, tournée dans une véritable prison Texane, donne des sueurs froides à Steve McQueen qui se retrouve avec les chiens des gardes, dressés à rattraper les prisonniers, lancés à ses trousses… Le tournage se déroule selon l’humeur des deux dirigeants et suivant les affres de la passion amoureuse entre Steve McQueen et Ali MacGraw, dont le mari n’est autre que le producteur Robert Evans, compliquant encore la situation. Steve McQueen réécrit certaines de ses répliques et fait modifier quelques scènes, peut-être même la fin d’ailleurs, que je trouve assez étonnamment optimiste, voire consensuelle, de la part de Peckinpah. Celui-ci, furieux de voir le film lui échapper, insultera copieusement Steve McQueen lors de la première du film. Fin de leur collaboration !

Ben Johnson Guet Apens

Ben Johnson

Cependant, à bien y regarder, on reconnait dans Guet-Apens la patte du réalisateur. Évidemment, des gamins, obsession de Peckinpah, observent et parodient les adultes. On retrouve aussi Ben Johnson, Dub Taylor et Slim Pickens entre autres familiers du cinéaste. Peckinpah fait aussi un clin d’œil à sa propre Horde sauvage, puisque, lors du casse, Bo Hopkins, jouant encore une fois un bandit fou, est abattu par un complice. La fin dans l’hôtel est merveilleusement orchestrée, entre coups de feux et ralentis. L’histoire est haletante, il y a de bonnes courses-poursuites en voiture, aux beaux effets de montage, qui lorgnent vers Bullit, habillement renversé. Peckinpah joue en effet avec l’image de Steve McQueen dans l’esprit du spectateur, car ici, c’est Ali MacGraw qui prend le volant la plupart du temps. Pour l’anecdote, elle ne savait pas conduire, et Steve McQueen lui a donné des leçons de pilotage à sa manière : en écrasant l’accélérateur !

Al Lettieri

Al Lettieri et son petit chat noir.

Ce que je trouve intéressant, c’est la logique du réalisateur. Si La Horde sauvage était un film sur le retour à l’enfance (même des pires d’entre nous), Guet-Apens, comme Les Chiens de paille, est une réflexion sur le couple. Il y en a deux dans cette histoire, et le réalisateur procède par comparaison. Si évidemment le plus valorisant des deux est incarné par Steve McQueen et Ali MacGraw – l’autre étant constitué d’un pathétique ménage à trois entre un bandit grossièrement macho (Al Lettieri) une hystérique idiote (Sally Struthers) et son vétérinaire de mari en guise de témoin malheureux de leurs ébats – leur relation n’en est pas moins faillible, au bord de la cassure (symbolisée par les ordures d’une décharge où ils sont jetés…), et évoque aussi le couple joué par Warren Oates et Isela Vega dans Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia. D’où sans doute les propos du cinéaste à la fin du film, à travers la bouche d’un vieillard (comme dans La Horde sauvage, les propos signifiants sortent de la bouche d’un vieillard), une conclusion sur le bien fondé de la vie en couple, amenée tout de même de manière relativement maladroite je trouve, et étonnante de la part du réalisateur.

Ce film est donc un semi-échec, mais néanmoins hautement recommandable pour la virtuosité de ses scènes d’action et les intensions de Peckinpah, perceptibles malgré les maladresses dues à cette réalisation bicéphale.

Je n’ai pas regardé le remake de 1994…

Bonus : Steve et Sam répètent en prison.

Steve McQueen et Sam Peckinpah

(credit Decaying Hollywood Mansions )

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12 commentaires pour Guet-Apens (« The Guetaway ») Sam Peckinpah, 1972

  1. walkfredjay dit :

    Dans mon lointain souvenir, j’avais été plutôt surpris en bien par le remake de « GETAWAY ». Rien à voir avec Peckinpah bien sûr (même si ce n’est pas mon préféré de Sam), mais c’était une vision plus « féministe » de l’histoire et Kim Basinger éclipsait complètement Alec Baldwin. Souvenir aussi d’une ou deux deux séquences particulièrement « caliente » !

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  2. walkfredjay dit :

    La photo de Lettieri avec son chat, fait panser à la scène de l’oisillon de Ben Johnson dans « LA HORDE SAUVAGE »…

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    • evy dit :

      Exactement Fred ! Sauf qu’heureusement, ici ça ne se termine pas mal pour le chaton (Sally Struthers raconte que pour obtenir d’elle des pleurs réalistes, Sam menaçait de s’en prendre au chat !)

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  3. valcogne dit :

    J’aime beaucoup ce film et le livre qui l’a inspiré. L’ayant vu à sa sortie j’avais adoré le rôle de « Doc » endossé par Steve Mac Queen .. On perçoit nettement du sentiment passer entre Steve Mac Queen et Ali Mac Graw ça donne de la qualité à l’histoire. Et puis, c’est un plaisir de voir Ben Johnson en Shériff corrompu donnant rendez vous à Mac Queen sur des bateaux de loisirs. Mention spéciale à Al Lettieri particulièrement abject et néanmoins admiré par la femme d’un autre..chose qui, dans la vrai vie, est évidemment impossible.

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    • evy dit :

      ça me fait toujours bizarre de voir Ben Johnson sans cheval, alors qu’il est l’incarnation même du cowboy ! Et j’avoue que mon acteur préféré, dans ce film, c’est Al Lettieri, absolument génial.

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  4. walkfredjay dit :

    C’est Michael Madsen qui reprenait le rôle de Lettieri dans le remake.

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  5. walkfredjay dit :

    Dans le remake, Richard Farnsworth reprend le rôle de Slim Pickens et il a été baptisé… « Slim ». Joli clin d’oeil.

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  6. pak dit :

    Si les semi-échecs étaient aussi bon que ce film, j’en demanderai tous les jours !

    Concernant le remake, j’avais bien aimé. Le réalisateur, Roger Donaldson, est très inégal, mais on lui doit de bons petits films comme Sens unique, Sables mortels, Treize jours, La mutante et son meilleur à mon sens, Burt Munro (qui n’est pas un film d’action, peut-être a-t-il loupé sa vocation… ). Le remake fonctionne en partie parce que, comme pour le film de Peckinpah, il repose sur un vrai coupe d’acteurs, ce qui permet des moments assez hots et une véritable complicité de jeu entre les amants, même si Alec Baldwin n’a que l’ombre du talent et du charisme de Steve McQueen. Mais inversement, on peut préférer le sex-appeal de Kim Basinger à Ali MacGraw dans cette histoire…

    Aimé par 1 personne

    • evy dit :

      Coucou Pak 🙂 Il faut vraiment que je dégotte ce remake…

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      • evy dit :

        Vu, les amis !! Effectivement, je suis forcée d’admettre que la blonde Kim Basinger est bien plus crédible que la brune Ali MacGraw. Alec Baldwin, par-contre, est incroyable d’inexpressivité. On en vient à être d’accord avec Jack Benyon lorsqu’il lui dit que sa femme est trop bien pour lui ! Le remake est très respectueux de l’original, ce n’est pas un chef d’œuvre mais il est plus que correctement réalisé. D’avoir tourné dans le même hôtel à la fin est une superbe idée. J’ai trouvé Michael Madsen vraiment bien. Mention spéciale à Richard Farnsworth, parfait dans le rôle de « Slim » (beau clin d’œil en effet). J’avais beaucoup aimé cet acteur dans « Misery ». Une agréable surprise, qui ne risque pas de faire oublier l’original, mais en fin de compte un hommage plus que sympathique.

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  7. valcogne dit :

    de relire tous vos commentaires me donne envie de découvrir ce remake.

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