Pat Garrett et Billy le Kid (Pat Garrett and Billy the Kid) Sam Peckinpah, 1973

Pat Garrett et Billy le Kid

Billy (Kris Kristofferson) et Pat (James Coburn) étaient amis…

Il y a des films, comme celui-ci, que l’on voudrait aimer d’avantage, car la thématique a tout pour plaire, mais qui, en fin de compte, laissent une impression mitigée. Celle-ci est en partie due au fait que l’œuvre, à l’origine mutilée, et remonté bien après la mort du réalisateur, n’est peut-être pas encore une version définitive, malgré le travail considérable effectué en 2005.

Autre problème, du moins dans mon esprit, les liens sont nombreux entre Pat Garrett et Billy le Kid et La Horde sauvage, ne serait-ce que par la trame de départ (deux anciens amis sont devenus ennemis car l’un s’est rangé du côté de la loi, et l’autre non), et appellent forcément à la comparaison.

bob dylan

Bob Dylan, vrai-faux Billy le Kid.

La Horde sauvage, en changeant les noms de ses protagonistes, indiquait l’absence de liens avec le gang de Butch Cassidy. Or, pour moi, le premier écueil, dans cette fiction basée cette fois-ci réellement sur des faits historiques, est d’accepter le visage poupin de Kris Kristofferson (imberbe pour l’occasion), qui ne présente aucune ressemblance physique avec l’unique photo connue du véritable Billy le Kid. L’acteur est, de plus, trop âgé pour le rôle. Très curieusement, Bob Dylan, dans le rôle, assez indéfini, du bien nommé « Alias », ressemble, lui (volontairement ?) à l’image du célèbre hors-la-loi, tenue vestimentaire comprise !

Jack Elam

Jack Elam

Alors que Kris Kristofferson excelle dans d’autres films du réalisateur (il fait partie, comme bien d’autres, de sa « troupe »), il peine ici à rendre son personnage charismatique. Il n’est pas aidé non plus par l’absence de véritables liens amicaux avec son gang, dont Pat Garrett élimine certains membres sans générer chez lui la moindre émotion ni réaction. Le scénario, lui attribuant les faits d’armes reconnus du Kid, ne joue pas en faveur du personnage, en montrant les meurtres gratuits de son gardien de prison, tué dans le dos, et celui d’Alamosa Bill (Jack Elam, dans un personnage à peine esquissé), devant sa famille. La fiction tente de rétablir un certain équilibre en montrant son émotion, cause de son retour fatal, face à la mort de son ami Paco (Emilio Fernandez), torturé par les hommes de Chisum. De même, les retrouvailles tendres avec sa compagne (très belle scène de la fin du film), donnent une certaine humanité à ce Billy le Kid.

Pat

Pat Garrett tire sur des bouteilles sur la rivière.

Face à lui, James Coburn, autre familier du cinéaste, campe un Pat Garrett funèbre, spirituellement mort avant l’heure. Mais ce déchirement, un des thèmes préférés du réalisateur, qui soigne donc particulièrement ce personnage, ne rend pas Pat Garrett plus sympathique. On le voit par exemple négliger sa femme et courir les putes. Moralement, et c’est toute l’intelligence du film de Peckinpah, Pat Garrett ne vaut pas mieux que sa proie et ex-meilleur ami. Ses relations ne manquent d’ailleurs pas de lui rappeler qu’il y a peu, lui-même était encore de l’autre côté de la barrière de la loi… Ses rapports avec le gouverneur Lew Wallace (Jason Robards) sont d’ailleurs trop brièvement évoqués. Mais autant l’envie de liberté et le conflit interne de Deke Thornton étaient palpables, montrant la réticence d’un personnage forcé d’agir sous la contrainte, autant la raideur de Pat Garrett désamorce pendant une bonne partie du film toute forme d’empathie. Cependant, une très belle séquence (les échanges de coups de feu sur la rivière) trahit, à mon sens, à la fois son envie profonde de sortir de la solitude dans laquelle il s’est enfermé en changeant de camps (il veut jouer comme il le faisait au début du film en abattant des poulets avec Billy) et l’incompréhension de ses actes aux yeux des témoins (l’homme du bateau se croit visé).

Alors que dans La Horde sauvage, très épurée, les regards et les gestes étaient plus efficaces que des mots, Peckinpah surcharge son film de lignes de dialogues, parfois inutiles, ou redondantes. Exemple flagrant, « Les temps ont changé, pas moi » est le crédo implicite de tous les personnages de Peckinpah. Mais l’énoncer ainsi, clairement, par la bouche de Billy le Kid, vide d’un coup le propos, comme si le réalisateur se sentait obligé de l’asséner, au lieu de simplement le démontrer.

La mort du sherif

La mort du shérif Baker (Slim Pickens).

Les morts de deux personnages frisent le ridicule. Je trouve celle du shérif Baker (Slim Pickens), sur fond de soleil couchant, au bord de la rivière, excessivement maniérée. Il est dommage, au passage, que ce personnage soit aussi peu exploité, car il forme avec sa femme (Katy Jurado, excellente) un couple savoureux. Mais la palme revient à l’agonie de Paco, qui, dans un cliché digne des pires films hollywoodiens, a le temps de décrire en long, en large, et en travers, l’utopie qu’il aurait voulu vivre, avant de rendre enfin l’âme, son discours terminé !

C’est à mon avis dans son dernier quart d’heure, particulièrement soigné et réfléchi, que le film, dans son dénouement tragique, trouve enfin une autre dimension. Chaque scène y est inoubliable.

SPOILER

Sam Peckinpah et Pat Garrett

Sam Peckinpah ordonne à Pat Garrett de passer à l’action.

Voir ainsi Sam Peckinpah lui-même, lancer à Pat Garrett de « liquider l’affaire », est absolument glaçant. Le démiurge en personne, incarnant un croquemort (il est en train de construire un cercueil pour enfant, avec tout ce que cela implique symboliquement…), entre en scène pour ordonner la mort de son personnage, dans une fantastique et géniale mise en abîme. Au passage, on peut voir Sam refuser de boire un coup, ce qui est un joli pied de nez, au vu de sa réputation ! La scène suivante, où Pat, ayant trouvé la chambre où le Kid passe la nuit avec sa compagne, écoute la vie intime du jeune couple à travers la porte, alors que lui-même s’est muré dans sa solitude, est magnifique de sensibilité douloureuse. La mort du Kid et les plans sur son corps christique, les bras étendus, sont superbes. La plus belle séquence est celle qui suit, lorsque Pat Garrett, écœuré de lui-même, tire dans le miroir qui reflète ensuite son visage atrocement déformé, sans doute le reflet de son âme. Enfin, la veillée funèbre, qui voit Pat veiller le corps de son ami (entouré de la bande qui, curieusement, ne tente rien contre lui), sa correction donnée à son adjoint qui voulait emporter un « souvenir », et le plan final du gamin qui lui jette des pierres sont autant de très belles idées superbement mises en scène.

FIN SPOILER

Katy Jurado

Katy Jurado, superbe.

Étrange film au final que ce Pat Garrett et Billy le Kid, qui, malgré son remontage de 2005, semble présenter des problèmes de rythme. Je persiste donc à penser que ce n’est pas le chef d’œuvre du réalisateur. On ne retrouve pas non plus dans les décors, malgré un immense souci du détail et la volonté de coller à la réalité historique, l’authenticité qui semblait transpirer de La Horde sauvage. La photographie de John Coquillon, classique, n’est pas aussi immersive que celle de Lucien Ballard qui prenait le risque d’entrainer le spectateur dans l’action en montant à cheval ou en tombant avec ses personnages. La bande originale de Bob Dylan, assez lancinante, souffre à mon avis de l’absence d’un contrepoint musical plus dynamique, voire orchestral, dans les scènes d’action. Enfin, le DVD « édition spéciale » souffre d’une image granuleuse qui ne rend pas justice au film. Cependant, de très belles séquences (le tir aux poulets, la chasse aux dindons, les coups de feu sur la rivière), la composition de James Coburn, et surtout, toute la fin du film, sous forme de tragédie implacable génialement mise en scène, en justifient largement la vision.

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16 commentaires pour Pat Garrett et Billy le Kid (Pat Garrett and Billy the Kid) Sam Peckinpah, 1973

  1. walkfredjay dit :

    « PAT GARRETT… » est un des mes Peckinpah préférés. C’est incontestablement un « grand film malade » pour reprendre l’expression de Truffaut, et qui ne sera probablement jamais guéri. Mais c’est un des plus sincères de l’auteur qui n’avance pas masqué, laisse deviner son âme torturée, parfois maladroitement, c’est vrai. J’attends impatiemment une sortie Blu-ray qui redonnera toutes ses chances au film, comme l’a fait récemment la sublime réédition de « LA PORTE DU PARADIS » (aussi avec Kristofferson, tiens !) autre grand film mutilé, malmené et mal-aimé.

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    • evy dit :

      Ce que j’aime chez Peckinpah, c’est son romantisme bien sûr, mais il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il l’exprime de manière sèche et désespérée. En cela, la fin du film est une merveille, et c’est ce que j’en retiens. Mais en mettant en scène la mort du shérif avec soleil couchant et musique, par exemple, pour moi il s’égare complètement… Peckinpah n’est jamais aussi sincère que lorsqu’il se projette dans ses propres films. Ici, il EST Pat Garrett, bien sûr, comme il est Pike dans « La Horde sauvage » ou Bennie (lunettes comprises) dans « Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia ». Sinon j’avoue avoir regardé le film trois fois avant d’écrire ma chronique car je me suis dit « Fred va me faire les gros yeux » 😀

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    • evy dit :

      Cadeau Fred : une scène coupée de « Pat Garrett »

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  2. walkfredjay dit :

    Héhéhé… Ce que tu écris n’est pas faux, Evy. C’est même bien argumenté et observé. Après c’est question de sensibilité, voilà tout. Des scènes comme l’agonie de Pickens peuvent partager, c’est évident. Moi, je crois qu’elle me touche parce que c’est un zoom sur des personnages secondaires, des « petites gens » subitement magnifiés dans une parenthèse inattendue, inutile à l’action principale.
    Je vais attendre une (éventuelle) sortie Blu-ray pour le revoir. Enfin… pour en revoir une des versions, pour être plus précis ! 🙂

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    • evy dit :

      Merci ! 🙂 En parlant des versions successives, rien que les montages différents du générique, avec le lien entre les images et les titres, me posent problème, car les intentions exprimées sont contradictoires. Et lorsque l’on sait le soin apporté par Peckinpah à ce genre de « détail »…

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  3. valcogne dit :

    Pour moi le seul défaut du film, ‘et je l’ai déjà exprimé), c’est la présence inutile de Bob Dylan dans un rôle sans justification ni profondeur. Malgré cela je me repasse toujours avec plaisir « Pat Garret et Billy the kid » et apprécie la musique du susdit. Contrairement à vous la mort du shériff m’a toujours émue et je pense que Peckinpah a amené là quelque chose qu’on évoquait déjà à propos de Cable Hogue, à savoir la fin d’un monde . Ici, c’est celle d’un homme, mais un vieux baroudeur, qui pouvait enfin vivre tranquille et mourir de même et qui disparait sous les coups aveugles du destin. Il y a là l’empreinte d’une grande ironie de la vie: à quoi bon survivre au pire si longtemps pour en arriver à cela ? semble dire Peckinpah.

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    • evy dit :

      Ah, mais je suis d’accord pour l’ironie, mais pas de la manière dont elle est mise en scène dans ce passage. Mais regarde, Fred, aime, lui ! Je suis seule contre tous 😀

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  4. walkfredjay dit :

    Bonne nouvelle, Evy : tu as ENCORE le droit de penser ce que tu veux et surtout de l’exprimer. 🙂

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  5. walkfredjay dit :

    Je sais que tu plaisantes… Je faisais une fine allusion à quelques évènements récents qui ont légèrement bouleversé nos vies. 😉

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    • evy dit :

      Tu veux dire que les derniers qui ont caricaturé « Pat Garrett » l’ont payé très cher ? 😉
      Oui, à voir ce que ces « événements récents » vont changer au quotidien, après la vague d’émotion, spontanée, et la récupération politique qui a suivie…

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  6. valcogne dit :

    Sur une analyse fouillée et détaillée de plusieurs points j’aimerai bien comprendre en quoi un seul motif d’appréciation divergente remettrai en cause de la part de ses ou de son auteur votre droit de penser ou de s’exprimer ?

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  7. walkfredjay dit :

    C’était un simple clin d’oeil, ami Valcogne, sans aucune portée ! 😉

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  8. valcogne dit :

    Ouf ! (: Salut, Fred, bonne journée. (sais pas faire les smileys, j’espère que ça va)

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  9. walkfredjay dit :

    Un smiley c’est deux points (verticaux), un tiret et une parenthèse fermée. 🙂

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