Un Shérif à New York (« Coogan’s Bluff ») Don Siegel, 1968.

Walt Coogan (Clint Eastwood), aux prises avec James Ringerman (Don Stroud).

Walt Coogan (Clint Eastwood), aux prises avec James Ringerman (Don Stroud).

Un shérif de l’Arizona, Walt Coogan (Clint Eastwood), aux méthodes expéditives, est envoyé à New York pour récupérer James Ringerman (Don Stroud) un détenu. Suite à l’évasion de ce dernier, en partie par sa faute, Coogan se lance à sa poursuite, contre l’avis du lieutenant McElroy (Lee J. Cobb), qui n’aime pas ses méthodes.

Un Shérif à New York est un film d’action assez daté, qui comporte, comme beaucoup de films de l’époque, une scène de poursuite, ici à moto. Si les décors extérieurs, en particulier le Musée du Cloître, sur les bords de l’Hudson, sont très beaux, les décors intérieurs, eux, sont assez pauvres, et donnent au film un cachet de série B. La musique, signée Lalo Shifrin, est moins marquante que celle qu’il réalisera pour Inspecteur Harry. A noter que dans une scène orgiaque assez délirante, apparaissent (effet des drogues hallucinogènes ?) des images tirées de Tarantula, film d’horreur dans lequel jouait déjà Clint Eastwood.

Linny Raven (Tisha Sterling)

Linny Raven (Tisha Sterling)

Le shérif Walt Coogan est clairement un descendant de « L’homme sans nom » popularisé par Sergio Leone. Clint Eastwood, laconique, adopte les mêmes rictus, et ses frusques semblent presque sorties d’un western, ce qui est l’objet d’un gag récurrent. Les femmes, bien évidemment, ne résistent pas à son charme, parfois de manière ambiguë. Ainsi Tisha Sterling retient l’attention, dans le rôle de l’amante de Ringerman, hippie imprévisible et excitée par la violence. Mais Coogan, héros presque immortel, se sort sans encombre de n’importe quel traquenard, et mène à bien la mission qu’il s’est imposé.

Walt Coogan (Clint Eastwood) et James Ringerman (Don Stroud).

Walt Coogan (Clint Eastwood) et James Ringerman (Don Stroud).

Sa ténacité justifie la vision du film, qui apparait avec le recul comme une transition entre les westerns, qui ont rendu Clint Eastwood célèbre, et l’inspecteur Harry (du même Don Siegel), véritable « western urbain », où un homme seul s’élève contre tous pour rendre justice, de manière expéditive. Ici, la ville est présentée comme un territoire hostile. Les bandits, qui tendent des embuscades, remplacent les hors-la-loi d’antan. Seul un « cow-boy » peut s’élever contre eux. Cette mode des « vigilante movies », où un système judiciaire déficient est pointé du doigt, a ensuite été usée jusqu’à la corde, en témoignent les suites de l’Inspecteur Harry (avec Clint Eastwood) et d’Un justicier dans la ville (avec Charles Bronson), de moins en moins convaincantes et vidées de leur sens critique.

Un Shérif à New York, bien que présentant un intérêt assez limité, est à voir par curiosité, comme la première des cinq collaborations entre Clint Eastwood et Don Siegel, et comme reflet des interrogations sécuritaires sans nuances des États-Unis en pleine vague hippie.

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6 commentaires pour Un Shérif à New York (« Coogan’s Bluff ») Don Siegel, 1968.

  1. walkfredjay dit :

    Je ne l’ai pas revu depuis longtemps, mais je m’en souviens comme du film de transition entre l’image eastwoodienne du western italien et celle du Dirty Harry à venir. Comme « PENDEZ-LES HAUT ET COURT », était un passage entre « RAWHIDE » et Leone… Ce qui prouve à quel point l’ami Clint a toujours façonné et maîtrisé sa propre image au fil des ans.

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  2. valcogne dit :

    Ce film a été passé hier à la télévision et je l’ai revu avec le recul comme une madeleine de Proust. Ni bon ni mauvais il est surtout le reflet d’une époque et d’un point de vue mi-réactionnaire, mi-libéral. La poursuite en moto est balourde et quasiment inutile, le voyou qui court partout pour s’échapper, alors qu’il est censé être un gros dur, pathétique. Clint séduit aussi bien les anarchistes que les dévotes, bref, du cinéma! Mais justement, ce qu’on demande au cinéma c’est d’en être.

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  3. Claude dit :

    Re-vision nostalgique d’un cinéma daté mais efficace pour l’époque et peut-être pas si naïf qu’il en a l’air . Je pense à la cigarette que Coogan refuse obstinément à son prisonnier indien au début du film mais qu’il accorde en revanche plutôt libéralement à Don Stroud, interprétant une crapule parfaitement … blanche . Humanisation ou racisme?

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  4. Patrick (COWBOY PAT) dit :

    Bonjour. Oui c’est moi Pat de WESTERN MOVIES… Cela fait quelques jours que je redécouvre ton blog et la rediffusion récente du film sur Arte me pousse à laisser mon commentaire… Je n’avais pas trop aimé la première fois mais en le revoyant y a de bons côtés, un aspect qui annonce un peu L’INSPECTEUR HARRY et la poursuite finale est bien faite. Lee J. Cobb en Lieutenant de police assez réfractaire face aux méthodes de Coogan est proche de ceux des polars de cette période je trouve… J’aime bien aussi la scène lorsque COOGAN prend le taxi et fait remarquer au chauffeur qu’ils sont passé deux fois devant le même magasin: pour 2,95 $ de trajet… »3$ pourboire compris »… Un film que j’aime bien revoir malgré aussi le fait que Clint soit doublé par Jacques THEBAULT (je trouve que ça colle pas trop avec le physique mais c’est juste mon avis)…

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